La réalité est moins belle …. (réfugiés Maliens à Montreuil)

maliens_CCMMercredi dernier, Urszula Mikos, directrice de la Mc11, théâtre voisin du « foyer Bara », croise un groupe d’une quarantaine de jeunes maliens transis de froid sur une petite place. Alors que la température chute, elle s’inquiète de savoir si quelqu’un leur a proposé de l’aide, s’ils ont simplement été conseillés, orientés… Elle a alors la surprise d’apprendre qu’ils dorment dans cette rue, presque sans manger, depuis une semaine sans avoir reçu la moindre visite d’un élu, d’un agent municipal ou d’un membre d’une association.

Pour éviter le pire en cette période glaciale, nous nous battons alors pendant 72 heures pour leur trouver un endroit où dormir, quelques vêtements et des repas chaud – que nous payons d’abord nous mêmes.

Nous n’avions nullement l’intention de revendiquer cette action et sa réussite. Nous sommes même assez en colère de devoir le faire, mais les communiqués de presse, les articles, les interviews nient avec un tel cynisme nos difficultés et nos efforts qu’il nous a paru important de rappeler qu’aujourd’hui ce sont le plus souvent des individus qui doivent pallier les manques d’une société indifférente.

Il serait même nuisible de laisser les politiques s’enorgueillir de la réussite de notre mobilisation ou de la créditer du bout des lèvres à des «associations locales», qui ont brillé par leur absence et leur indifférence.

Pourquoi une telle indifférence, un tel silence devant un groupe important dans la rue ? Surtout qu’une importante baisse de température était prévue. Est-ce par peur de se voir forcé à le prendre en charge ? Est-ce par manque de clarté des rôles et tâches de chacun. Nos élus contactés ont ainsi signalé que les migrants avaient été « reçus » et renvoyés vers le 115… et que c’était du rôle de l’état de  gérer de telles situations !

Nous nous demandons donc si un maire et ses élus ayant pouvoir et devoir de police ne doivent pas protéger les personnes. Nous nous demandons aussi pourquoi il est si compliqué de réquisitionner un préau ou un gymnase, surtout en période de vacances scolaires ? Doit-on nécessairement passer par une procédure préfectorale complexe (grand froid) pour gérer l’urgence ?

Il nous a fallu batailler toute la journée, avec l’appui d’un directeur de cabinet du maire, toujours présent, pour qu’un métro soit ouvert à minuit. C’est d’ailleurs l’un des enseignements de ces journées ; tout ce que nous obtenons doit se mériter et s’obtient toujours extrêmement tard, après d’innombrables tractations !

Un second enseignement est que les associations locales, humanitaires ou sociales semblent ne servir à rien : aucune d’entre elles n’a cherché à agir, lorsqu’elles ne nous ont pas éconduits… hormis Emmaüs, dont la responsable a travaillé une grande partie de la journée pour récupérer un stock de vêtements.

La situation s’est un peu améliorée le lendemain : à force de harceler tout ce que nous connaissons à Montreuil, on nous concède une ouverture de gymnase… enfin ! Mais pour 40 personnes. A croire que c’est une constante de toujours tout faire mériter, de suspecter tout le monde d’abus, du désir de profiter… de faire un pas en arrière pour un pas en avant.

Nous avons alors la douleur de voir les 80 migrants choisir ceux qui peuvent dormir au chaud, et cela avec dignité, alors que nous baissons la tête, honteux de ce que nous leur infligeons !

Mais cette violence est tellement insupportable que nous cherchons une aide extérieure : et c’est l’ennemi juré de Dominique Voynet, l’ancien maire de Montreuil, et surtout son Comité de citoyens qui nous la fournit. Même si cela passe par l’occupation d’un nouveau gymnase, nous avons la satisfaction de voir les 22 maliens laissés pour compte rejoindre un abri.

Présence de différents courants politiques sur le terrain ? Le Ps vient également soutenir les nouveaux arrivants, sans aucune récupération partisane, comme le CCM… Sentiment que la situation intéresse de plus en plus de gens ? Sincère empathie ? La municipalité se mobilise : les nuits qui n’étaient jamais assurées le sont enfin, et des pistes de relogement sont trouvées. Il ne nous reste plus qu’à organiser des collectes pour trouver des repas, en attendant l’issue positive promise.

Ce que nous déplorons, ce sont les difficultés que nous avons rencontrées à chaque étape de cette action alors qu’une situation de grand froid, ou de grande précarité devrait être mieux gérée… Qui doit faire quoi ? Avec quels moyens ? Comment gérer les urgences ? Comment obtenir des soutiens concrets ? Des espaces de repos, quelques repas, quelques boissons, des soins pour les malades, des relais pour les mineurs, des vêtements, etc. ?

Comment assurer un minimum de suivi pour ces migrants ? Bien sûr, ils ont été envoyés dans des foyers mais personne ne semble s’être soucié de les aider, pour quelque temps au moins, à trouver de quoi se nourrir. Ils risquent d’ailleurs de revenir sur Montreuil pour y chercher un peu d’aide.

Nous nous interrogeons surtout sur le manque de réactivité de toutes nos collectivités, associations devant un phénomène qui semble s’accuser : des flux migratoires passant par l’Europe. Une solution a été trouvée pour ces 80 arrivants, mais demain, d’autres vont arriver. Et a priori Montreuil, avec ses foyers, est une destination connue. Il semble indispensable de trouver des solutions pérennes, d’organiser l’arrivée de ces gens… Ne faut-il pas imaginer une entité qui puisse centraliser les moyens, les efforts et les informations, dans laquelle des citoyens peuvent être investis ?

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Communiqués, Montreuil
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